Impact du lavage des textiles naturels & synthétiques sur l’environnement

On parle beaucoup de la pollution par les microfibres synthétiques générées pendant le lavage et qui finissent dans les océans. Mais qu’en est-il réellement ? Quel est l’impact des microfibres dites naturelles ? On va casser quelques idées reçues.

Je tiens à préciser que de nombreuses études éliminent de facto l’effet des microfibres naturelles sur l’environnement dès qu’ils en détectent, supposant que leur biodégradabilité est disqualifiante. Heureusement, ce n’est pas le cas de toutes les études.

Sur le marché du textile le synthétique est dominant : 65% des fibres utilisées, le reste étant d’origine naturelle. La majorité des textiles synthétiques sont en polyester (PET). Pour le naturel on retrouve surtout le coton, le lin et la laine.

L’effet d’une fibre de taille nano sur le vivant peut être lié à sa forme et/ou chimie. la morphologie des fibres naturelles ou synthétiques est à peu près la même. Les fibres naturelles sont moins ordonnées et leur composition chimique différente. Mais on reste sur des polymères.

Les deux types de fibres peuvent être modifiées chimiquement ce qui peut avoir un impact sur leurs propriétés physico-chimiques et notamment leur capacité à se dégrader en fonction des milieux considérés. Considérons les vêtements qu’on lave en machine, on se dit que les fibres naturelles ne génèrent pas de microfibres contrairement aux textiles synthétiques. Et ça c’est une première idée reçue.

Une étude réalisée sur différents types de vêtements a démontré qu’au cours d’un cycle de lavage, il se crée 4 à 5 fois plus de fibres de coton que de fibre de polyester. La température n’a pas d’effet sur le processus de dégradation par abrasion.

Les fibres générées par le lavage sont globalement plus courtes dans le cas des fibres naturelles (source).

De manière générale, les fibres naturelles sont plus fragiles et plus sensibles à l’abrasion en milieu humide que les fibres synthétiques. Et ce sont ces fibres qui se retrouvent ensuite dans les océans.

Une étude réalisée dans le sud de l’Europe (jusque 2000 m de profondeur) et notamment en méditerranée a montré que les fonds marins contenaient 79.7% des fibres naturelles : coton et lin. Le reste se distribue entre les différentes fibres synthétiques. Petite précision, les fibres naturelles et la plupart des fibres synthétiques sont plus denses que l’eau de mer (source). Je me doutais qu’on allait trouver des fibres naturelles mais pas à ce niveau-là.

Et là vous me dites que ce n’est pas grave parce que les fibres naturelles sont biodégradables. C’est là qu’on va parler de la 2e idée reçue.

Même si les fibres naturelles peuvent se dégrader rapidement en compost, elles peuvent mettre plusieurs années à se dégrader dans d’autres milieux.

Ce sera toujours plus rapide qu’une fibre synthétique, mais la question n’est-elle pas de savoir si elles ont un impact sur la biodiversité ?

Les fibres naturelles sont biodégradables : elles se dégradent en milieu naturel en présence de certains types de micro-organismes. Les fibres synthétiques ne le sont pas et peuvent mettre longtemps à se dégrader. Leur mode de dégradation est dépendant de la température, humidité, pH, UV. La dégradation d’un matériau dépend de plusieurs paramètres : chimie du matériau, structure (cristalline ou amorphe), surface d’échange avec l’environnement (une fibre a une surface spécifique plus importante qu’un film), environnement. Pour une fibre textile, il faut ajouter les éventuels traitements réalisés sur la fibre qui peuvent avoir un effet sur la vitesse de dégradation.

Plusieurs études dont celle de Charles Dorfte 1920 et de Zambrano 2019 ont montré que seuls les micro-organismes avaient un effet sur la biodégradation des fibres naturelles . S’il n’y a pas de micro-organismes ou si leur action est empêchée, la dégradation n’a pas lieu.

Et lorsqu’elle a lieu, comme est réalisée par des micro-organismes, la dégradation se fait en surface. Ce qui signifie que le matériau se fragmente, avec des fragments de plus en plus petits jusque disparition. Il se crée des nanoparticules.

Une étude réalisée sur des vêtements en coton teints et non teints récupérés dans les fonds marins, à 2200 m de profondeur (nord atlantique) et qui avaient plus de 130 ans (!!!) permet de comprendre pourquoi la dégradation des fibres naturelles n’est parfois pas rapide.

D’après les auteurs, la zone était favorable à la biodégradation. Ils ont retrouvé des fibres de coton teintes et non teintes sur un même vêtement. Sur les fibres teintes, la biodégradation a été plus lente que pour les fibres non teintes. La teinture a agi comme un biocide.

Le mode de dégradation est différent mais les deux ont conduit à une érosion des fibres et non à une dégradation homogène. La teinte peut conduire à une diminution de la biodégradabilité des fibres, même en présence de bactéries cellulolytiques (source).

Les fibres naturelles sont de plus en plus plébiscitées, mais elles sont rarement utilisées sans traitement. Que ce soit la teinture ou les autres types de traitement qui leur permet d’approcher les propriétés et caractéristiques souhaitées par le consommateur : imperméabilité, antibactérien, durabilité, couleur, etc. tous ces traitement peuvent grandement limiter la biodégradation de ces fibres. Peut-être pas en compost, mais dans l’environnement c’est probable. Et cela peut atteindre la centaine d’année au fond des océans.

Quel impact sur la biodiversité ? L’effet des fibres synthétiques est connu : obturation des voies respiratoires et du système digestif, l’effet est principalement lié à la forme et la quantité de ces fibres. Leur chimie peut également avoir un impact.

Dans une fibre, ce sont plutôt les traitements de surface qu’il faut regarder. Donc que ce soit une fibre naturelle ou synthétique, l’effet sera le même. Attention, je parle uniquement des fibres, ce serait différent pour d’autres types de produits.

Sur leur site, Numerama présente un article scientifique qui démontre que des crustacés vivant dans les profondeurs des océans près du Japon, à 11 000 m de profondeur, ingèrent des microplastiques. Ce que ne dit pas Numerama, c’est qu’une grande majorité de ces microplastiques est constituée de fibres naturelles… mais ces fibres, comme rappelé par les auteurs sont fabriquées par l’homme, elles n’existent pas naturellement dans l’environnement (source)

Une autre étude a démontré que la présence de fibres cellulosiques était bien plus importante que celle de microplastiques ou de matériaux dits synthétiques.

Au-delà de leur forme et de leur présence en forte quantité, le fait que ces fibres naturelles soient colorées et parfois traitées a un impact non négligeable sur les organismes qui les ingère (source)

Concernant la présence de fibres dans l’atmosphère, une étude réalisée à Paris a mesuré une quantité de fibres à hauteur de 2 à 355 particules/m2/jour. Plus la zone est urbanisée, plus la valeur est importante. Parmi ces fibres, seules 29% sont synthétiques, toutes les autres sont d’origine naturelle comme le coton, le lin ou la laine.

Que ce soit dans l’air ou dans les océans, les fibres naturelles sont bien plus présentes que les fibres synthétiques. Imaginez que l’on élimine petit à petit toutes les fibres synthétiques au profit de fibres naturelles qui seront traitées pour obtenir les qualités souhaitées. On ne traitera pas le problème. Comme pour les déchets. L’impact sur les océans sera bien plus grand que ce que l’on imagine aujourd’hui.

Cela peut également expliquer pourquoi les études qui déterminent les quantités de microplastiques ne sont pas fiables.

La proportion de fibres est dans tous les cas majoritaire, et si l’analyse n’est pas suffisamment précise, statistique et non analytique, les fibres naturelles peuvent être compter dans les quantités de microplastiques. Alors qu’il faudrait les en extraire.

Je vous explique cela parce que si l’on ne traite pas le problème à la source, nous continuerons à polluer nos océans et à impacter la biodiversité, tout en ayant la conscience tranquille. Nous devons arrêter d’essayer de rassurer, nous devons informer et agir en conséquence.

Nous perdons une énergie folle sur des éléments de détail, pouvant parfois avoir des conséquences inverses sur l’environnement. J’espère que l’on ne tardera pas à s’en apercevoir.

J’ai mis beaucoup de temps à préparer cet article, parce que je voulais vous présenter des faits, vous expliquer que les produits dits naturels ont un impact sur l’environnement, qu’ils peuvent parfois être confondus avec les matériaux synthétiques, il ne faut pas le négliger.

[UPDATE] un article scientifique parut dans le magazine Science Advances confirme que la grande majorité des fibres retrouvées dans l’océan ne sont pas synthétiques.

Voici les chiffres :

  • 8.2% des fibres sont d’origine synthétique (alors qu’ils représentent 2/3 de la production mondiale de textile)
  • 79.5% sont d’origine cellulosique (ex: coton)
  • 12.3% sont d’origine animale.

Vous comprenez mieux l’intérêt de réaliser des études globales et non spécifiques dans un premier temps. Un état des lieux permet d’identifier les problèmes réels et les solutions à y apporter. Prendre de la hauteur sur ces sujets est indispensable.

Lien vers l’article ici.

Petit lien vers le Thread Twitter :

https://twitter.com/Kako_line/status/1222987844723126272?s=20

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