[DEBUNK] Article du média Les Jours sur le recyclage des plastiques

Débunk sur l’article du média « Les Jours », que je trouve particulièrement anti-plastique, dans le mauvais sens du terme. Il y a de quoi critiquer le système actuel. Mais là je pense que l’article n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

Le lien vers l’article est ici.

L’article personnifie le « plastique » alors que c’est une famille de matériaux très différents. L’impression que l’on parle d’une matière insidieuse, « matériau fétiche » des industriels qui ne pensent qu’à leur portefeuille. Et je ne schématise qu’un brin.

Le début de l’article se focalise sur le contexte américain et notamment un documentaire « Plastic Wars » (lien) . Il est ainsi cité des échanges avec des industriels, que je ne trouve pas forcément choquants, tout dépend du contexte dans lequel on se trouve.

Si un élément est mauvais pour son image, l’industrie travaillera le sujet. L’objectif étant de continuer à vendre. C’est le cas de n’importe quelle industrie. Que ce soit en France nos fast-foods ou les grands magasins qui éliminent le plastique… rien de nouveau sous le soleil.

De la communication d’entreprise et de lobbyistes. Est-ce que c’est représentatif de la réalité mondiale ? Il n’est pas précisé que le plastique ne se recycle pas. Juste qu’ils défendent cette idée.

Il faut tout de même avoir en tête que les USA sont dans le top 10 des exportateurs de déchets dans le monde (source). C’est l’exemple à prendre quand on veut orienter le lecteur, certes, mais ce n’est pas représentatif de la situation mondiale ou française.

Il est également question dans l’article d’une étude du Congrès américain qui date de 1989 (source). Le cherry-picking de l’article met en avant les interdictions de certains produits en plastique, suggérées par ce rapport. C’est le cas en effet. Mais pas que.

Le rapport parle surtout d’économie circulaire et donc de recyclage (du plastique, et oui !!) et d’éco-conception pour justement permettre une économie circulaire.

Leur objectif étant de réduire les quantités de déchets déposés en décharge. Quel que soit le matériau. Ils proposaient d’interdire les produits et matériaux qu’il n’était pas possible de recycler à ce moment-là : couches jetables et emballages en polystyrène faisaient partie de cette liste. Mais aussi emballages de fast-food (plastique et papier).

Le rapport précise qu’il n’est pas certain que les produits de substitution permettent de réduire les quantités de déchet (objectif premier) ou bien encore puisse réduire la toxicité ou l’utilisation de ressource pendant la fabrication.

L’une des options est de légiférer sur les additifs qui ne permettent pas une économie circulaire et dont la toxicité est avérée. Dont les retardateurs de flammes, particulièrement problématiques.

Ils mettent également en évidence pourquoi le verre et les métaux ont été remplacés par des emballages plus légers, plastique, papier ou carton.

Le plastique est donc reconnu dans ce document comme permettant de réduire des impacts environnements de certains emballages.

Contrairement à l’auteur de l’article, ils ont bien compris que le problème est bien plus global. Ce document n’est pas focalisé sur le plastique, mais sur les déchets mis en décharge dont le plastique prend une grande place en volume.

La réduction des déchets est une voie à suivre, qui demande éducation et pédagogie (consommateurs et industriels) le recyclage reste une voie à développer selon eux. Ils y mettent les bémols liés à son développement au niveau local et sa viabilité économique. La réduction des types de plastiques et de leur composition pourrait résoudre ce problème.

Je pense qu’il aurait été judicieux d’expliquer le contexte de rédaction de ce document ainsi que les réflexions qui y sont décrites pour résoudre le problème de production et de mise en décharge des déchets aux USA à la fin des années 80.

L’article décrit donc la manière dont on voyait le recyclage dans les années 70 aux USA… well, ça a bien changé depuis je vous rassure. Le recyclage s’est spécialisé sur des filières, pour obtenir la qualité souhaitée pour les applications visées : agriculture, bâtiment, etc.

Là où le recyclage est complexe, c’est surtout lorsqu’il vient du tri des déchets ménagers. Si les matériaux sont trop différents ou trop complexes, la qualité du matériau recyclé s’en fera ressentir. D’où l’intérêt de l’éco-conception.

Mais aujourd’hui si on peut trouver des emballages qui contiennent 50 ou 100% de recyclé c’est que la qualité de ce recyclé est excellente. Donc c’est atteignable.

Il y a encore du travail mais le recyclage du plastique n’est pas un mirage. C’est une réalité.

Ensuite nous avons une succession d’interviews d’ONG. rien contre mais pas très diversifié. On nous dit que le plastique est dangereux dès sa conception parce qu’il vient du pétrole. Que voulez vous que je réponde à ça ? ce n’est pas un argument…

Le pétrole pour rappel est un fluide naturel, constitué de composés organiques confinés dans les formations géologiques. C’est à partir de cette huile que l’on fabrique par différents procédés des carburants et des composés organiques comme les polymères et certains additifs.

Faut-il comprendre que le pétrole c’est chimique donc dangereux ? on pourrait fabriquer ces mêmes plastiques, chimiquement identique avec des plantes… serait-ce plus acceptable ?

L'origine d'un matériau ne fait pas la toxicité. C'est la chimie du matériau et son contexte d'utilisation.

Qu’il y ait du travail sur le sujet, des substances à interdire parmi les additifs ok. Mais pétrole = chimie = dangereux… on a vu mieux comme argument. Notamment parce que le recyclage permet d’utiliser moins de matière première et donc… de pétrole.

Le verre et l’aluminium ne sont pas forcément plus vertueux… Quand on parle matériau et non produit et cycle de vie, on perd très vite l’objectif qui est de réduire nos impacts environnementaux, qui inclus la production de déchets et leur traitement.

Pour illustrer le fait que les produits issus du recyclage sont « toxiques » ils prennent en exemple une étude réalisée sur des jouets fabriqués à partir… d’équipements électroniques. Vous vous doutez de la conclusion.

Quand un plastique est conçu pour une application il est rarement possible de l’utiliser une fois recyclé pour une autre application. Sauf si recyclage chimique ou recyclé issu de l’alimentaire si bien trié initialement. Et c’est pour cela qu’il y a des filières distinctes.

Il y a un amalgame dans cet article sur l’organisation des filières de collecte et de recyclage qui sont par secteur, entre l’emballage et les autres filières. Les chiffres se croisent mais parlent de secteurs différents, ils ne sont donc pas comparables.

Il y a également une distinction entre un recyclage qui serait « noble » et un autre qui ne le serait pas.

Ce qui compte, c’est la circularité et le gain en termes d’impact sur la durée de service de l’objet ou du produit. Les considérations personnelles importent peu.

« En bout de chaîne, moins de 2 % des emballages plastiques mis sur le marché sont véritablement transformés en des produits équivalents ou de qualité similaire » Utiliser du plastique recyclé pour fabriquer d’autres produits c’est éviter d’extraire des matières premières.

Au passage cela s’applique pour tous les matériaux d’emballage : acier, alu ou verre, une partie seulement est réutilisé dans l’emballage, le reste dans d’autres applications. Et il y a une barrière réglementaire pour l’utilisation du plastique dans l’emballage alimentaire.

Bizarrement on n’en parle pas dans l’article… certains plastiques recyclés comme le PET peuvent être utilisés en contact direct des aliments. C’est le cas depuis 2008. Pour les polyoléfines (PE et PP) qui, dans les déchets ménagers, se retrouvent dans les emballages alimentaires et non-alimentaires de manière non différenciée. L’utilisation de PE ou PP recyclés pour d’autres applications n’est donc pas aberrante, elle est même souhaitable.

La qualité de la matière recyclée dépend de la qualité du tri mais aussi de l’emballage lui-même et de la manière dont il a été utilisé. Il est très difficile de retrouver exactement la même qualité de matériau à partir d’un mélange de matière. Certes ces matières se ressemblent, mais qui en réalité elles diffèrent suffisamment pour que cela ait un impact sur l’atteinte des critères nécessaires à leur mise sur le marché.

Par exemple, les canettes en alu ne peuvent contenir que 50-60% de recyclé.

Contrairement à certaines idées reçues, les objets en verre, en alu et en acier sont des mélanges. Pour les utiliser dans une autre application, il faut réajuster leur composition. C’est plus facile que pour les plastiques, mais ce n’est pas du 1 pour 1.

Dans le cas des plastiques, l’éco-conception permettrait de résoudre une grande partie du problème. Ce n’est pas insurmontable. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas repenser notre manière d’utiliser ce matériau, les emballages, le jetable…

Finalement, le titre « le plastique ne se recycle pas» indique que les plastiques même si recyclables ne le sont pas en réalité parce que même triés ils seraient en réalités enfouis ou incinérés. Basé sur quoi ? des chiffres qui ne le confirment pas. Encore faut-il savoir les lire.

L’exemple qui est pris pour le recyclé qui serait « peu recyclé » ce qui n’indique pas grand-chose. On est entre 30 et 40% en Europe. En France les filières existent et la collecte se développe, cela prend du temps.

Pour ce qui est de l’emballage et du jetable le tri est la première étape. Et on voit bien que déjà sur ce point, en France en tout cas, il y a une grande marge de progrès. Ensuite, quel que soit le pays il n’y a pas 1 filière par matériaux.

Ce ne serait pas viable économiquement. Ainsi, et c’est le cas pour TOUS les matériaux, le recyclage est réalisé en partie au niveau national, au niveau européen et 2% (dans le cas des plastiques, papiers/cartons) ailleurs dans le monde (source).

Et il y a aussi des importations.
Même si l’on met sur le marché des produits recyclables, s’ils ne sont pas collectés la circularité est brisée. C’est le cas pour le verre, l’aluminium, l’acier, le papier, les plastiques… tous les matériaux.

On pourra se sentir plus vertueux en utilisant des matériaux dits biodégradables ou « moins impactants » (sur des critères sortis du chapeau généralement) tous les matériaux non collectés auront un impact sur l’environnement.

Il y a de la circularité dans le recyclage du plastique. Le PVC non plastifié se recycle très bien sur de nombreux cycles, les polyesters comme le PET se recyclent également sur plusieurs cycles et peuvent compter sur le recyclage chimique, bientôt enzymatique. Les autres plastiques comme le PE, le PP, le PS, le PMMA… ont également leurs filières.

Est-ce précisé dans l’article ? non. On préfère nous parler de la situation des USA entre les années 70 et 90.

Alors Que faudrait-il faire ? l’article ne le dit pas. Le recyclage c’est mal, une invention des industriels. Le plastique ? nous empoisonne. Le mal incarné, l’une des pires inventions de l’humanité. blablabla

Chose intéressante on ne nous parle pas ici de l’utilisation de plastique dans le renouvelable ou dans les voitures électriques… ces technologies qui sont censées être notre futur.

Mais Wait ! elles sont fabriquées à partir du pétrole… Dangereuses donc nos éoliennes ? nos panneaux solaires ? nos voitures électriques ? les masques qui nous protègent du COVID ?

Les prothèses ? les peintures qui protègent tous les aciers de la corrosion et leur permettent de multiplier par 10 leur durée de vie dans certaines conditions ? etc.

Ce qui est dit ici est tellement général que même si l’intention de l’auteure n’est pas de stigmatiser c’est ce qu’elle fait. La plupart des lecteurs n’ont pas les connaissances nécessaires pour faire le tri dans les informations apportées. Qui ne sont pas toujours sourcées.

Je me suis demandé pourquoi cet article était aussi orienté. Après tout, on peut promouvoir la réutilisation, d’autres matériaux, la réduction du jetable sans aller aussi loin sur un sujet certes technique mais dont les acteurs sont tout à fait disposés à répondre aux questions.

Labos, recycleurs, organismes… c’est une position dogmatique que l’on a ici rien que dans la manière de présenter le sujet. Je suis en désaccord avec une partie des positions dee Flore Berlin (Zero Waste France), mais certaines de ses positions sont intéressantes. Et elle ne cache pas son objectif de tendre vers le zéro déchet. Au moins c’est clair et on part sur une base de discussion qui permet d’avancer.

Mais un article comme celui-ci n’incitera pas le consommateur à trier ses déchets, et poussera vers l’utilisation d’autres matériaux, pas forcément plus vertueux, avec souvent pour conséquence de ne pas réduire les flux de matériaux jetés dans l’environnement.

Quel est notre objectif ? s’acharner sur un matériau ou traiter sérieusement le sujet de la pollution ? Je pense que nous avons suffisamment perdu de temps. Le consommateur a découvert un matériau qui fait partie de son quotidien. Tout lui parait nouveau. Et donc suspicieux.

L’éducation et la pédagogie me semble être une arme bien plus efficace pour une lutte contre la pollution durable. Je vais conclure avec quelques phrases du rapport du congrès américain de 1989 sur le traitement des déchets ménagers :

« Les fabricants et les consommateurs doivent savoir comment leurs décisions sur les produits affectent la production et la gestion des déchets, et quelles sont les possibilités d’apporter des changements qui conduisent à la prévention des déchets ou à un recyclage croissant.« 

« L’information est essentielle pour accroître la capacité des consommateurs et des entreprises à prendre des décisions concernant le recyclage et les produits recyclés. »

Comme quoi il est bon de lire et comprendre les références que l’on cite.

 

Petit lien vers le Thread Twitter :

https://twitter.com/Kako_line/status/1293956345935335428?s=20

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