Des microplastiques dans le placenta ? Vraiment ?

J’ai vu passer cet article concernant la présence de microplastiques dans le placenta sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, où cela a pris énormément d’ampleur. Je me suis donc décidée à le lire et à vous donner mon avis, après avoir contacté ses auteurs.

Il s’agit d’une étude réalisée sur 6 placentas différents. Contrairement à ce qui est dit dans l’article du Huffington Post, les particules n’ont pas été retrouvées dans les fœtus mais bien dans le placenta. Des particules ont été retrouvées dans 4 placentas sur les 6 étudiées.

La récupération des échantillons et l’analyse ont été réalisées sans plastique. Exemple: les gants étaient en coton. Même pendant l’accouchement aucun matériel en plastique n’a été utilisé. Ils ont quand même utilisé des gants en latex pour la préparation des échantillons.

Un blanc a été réalisé pour la préparation des échantillons pour détecter une éventuelle pollution, mais bien sûr ce n’était pas possible pendant l’accouchement.

Donc ce qui s’est passé en salle d’accouchement n’a pas pu être simulé pour en détecter une éventuelle contamination.

Dans les prélèvements réalisés et préparés, 12 particules ont été observées. Les auteurs ont étudié 23g sur 400g de chaque placenta. Ces particules ont été analysées par spectroscopie Raman : les spectres obtenus sur chaque matériau donnent l’empreinte chimique du matériau.

La spectroscopie Raman est une méthode consistant à envoyer une lumière sur l’échantillon et d’en analyser la lumière diffusée par la matière. Cela donne un spectre, qui donne la composition moléculaire d’un matériau. Méthode très utilisée mais rarement seule sur un plastique.

Les spectres obtenus ne sont pas complets. Seule la partie 500-2000 cm-1 est présentée. Pour les polymères il faut aller jusque 4000 cm-1.

Si on sait que l’élément analysé est un plastique, ce n’est pas nécessaire. Mais ici l’objectif est de déterminer ce que sont ces particules.

J’ai contacté l’auteur qui a précisé que cette partie du spectre correspondait à l’empreinte chimique du matériau. Si on est sûr que c’est un plastique. J’ai contacté SLoPP Library [1], qui met à disposition une base de donnée de spectres Raman sur les microplastiques qui a confirmé cela.

Parmi ces 12 particules, 4 ont été identifiées comme étant du polypropylene (PP), les autres n’ont pas été identifiés. Sur ces 4 spectres 3 sont de couleur bleue et 1 violette (fibre). ci-dessous tous les spectres obtenus.

J’ai réalisé un comparatif avec les bases de données [1] et [4] et il semblerait que seuls #2 et #10 correspondent à du polypropylene. Le #11 est une fibre et on ne voit que le spectre du colorant. Pour le #3 les pics principaux du PP n’apparaissent pas clairement.

Généralement on soustrait le spectre du colorant pour déterminer celui de la matrice. Cela n’a pas été le cas ici. En comparant ⤵️ le spectre #2#10 (spectre bleu) avec celui du polypropylène on constate une correspondance. Les autres pics semblent correspondre à celui du pigment.

Pour les autres particules cependant il y a un doute. Pourquoi ? parce que seuls les pigments/colorants ont été confirmés et présents sur les spectres. Mais la matrice n’a pas été identifiée.

Ce qui est très surprenant est qu’il n’y a que 5 couleurs différentes et proches : 3 en orange-rouge, 4 bleu, 3 bleu foncé, 1 violet, 1 rose. Et ce dans 4 placentas différents. J’ai trouvé ça très étonnant mais je n’ai pas forcément d’explication.

Les auteurs pensent que ces particules peuvent être des morceaux de peinture ou plastique, mais que ça pourrait être des fibres de coton (#11), de l’encre, des résidus de produits d’entretien, de parfums ou de cosmétiques comme la BB cream ou le mascara… bref ils ne savent pas.

Mais ce qui est important, c’est ce que ce sont des particules qui sont fabriquées par l’homme. Elle sont donc issues de l’environnement externes. La question est : comment des particules de 5-10µm se sont-elles retrouvées là ?

Les auteurs pensent que les particules ont pénétré la peau ou ont été inhalées avant de se retrouver dans le sang, puis dans le placenta. De nombreuses études traitent de la pénétration des particules dans le corps.

une étude statistique [5] reprend une partie des études réalisées sur l’inhalation de nano et microparticules. Le graphe suivant présente les tailles de particules inhalées et les zones où on les a retrouvées. Les cercles vides signifient qu’elles n’ont pas été détectées.

Ainsi, pour retrouver des particules dans le sang, il faudrait que celles-ci aient une taille <1µm. Si nous reprenons notre article, des particules de 5-10µm n’ont donc pas pu se retrouver dans le sang après inhalation.

Pour ce qui est de l’autre hypothèse à savoir la pénétration par la peau : c’est possible lorsque les particules ont des tailles nanoscopiques mais pas microscopiques. Les travaux cités dans l’article sont réalisées sur des particules de taille nanoscopiques (0.5-2nm) [6].

Je reprends la citation de l’un de ces articles [7] :
« Taking into consideration the state of the art, there are no indications that particles of >100 nm in size can pass the healthy skin barrier.”

Une autre citation d’un livre cité [8] :

D’où viennent ces particules ? vu la faible quantité mesurée, elles peuvent tout simplement venir d’une pollution au moment de la phase accouchement. Comment ? je ne sais pas il faudrait refaire l’essai à blanc.

Plusieurs problèmes dans cet article :

❌ Incertitude sur la pollution des échantillons au moment de l’accouchement,
❌ Incertitude sur la nature des particules et leur origine,
❌ Nombre de MPs très faible,
❌ Contradiction sur le mode de diffusion dans l’organisme avec l’état de l’art.

Je m’arrête là. Il faut prendre du recul sur ce type d’articles. Les auteurs sont prudents même si le titre est attractif. Un article contribue à une avancée scientifique. Il est rare qu’il en soit une à lui tout seul.

Des chercheurs trouvent dans des placentas des microparticules (certains en plastiques) qui ne peuvent pas pénétrer l’organisme. C’est partiellement résumé par certains médias comme Le Huffington Post, l’InfoDurable et 20 Minutes, avec des hypothèses d’impact sur le fœtus que l’étude ne traite pas.

C’est cela qui est inquiétant. Pas l’article en lui-même. Un article scientifique ne s’extrapole pas. La prudence est de mise quand on traite ce type de sujet particulièrement anxiogène. Certains journaux n’ont pas traité le sujet et je pense que leur prudence est à saluer.

SOURCES :
[1] Microplastics Raman Library
[2] Etude statistique taille particules – inhalation
[3] Caractérisation microplastiques par spectroscopie Raman

[4] Pics Raman polypropylene
[5] Diffusion microparticules
[6] Diffusion des nanoparticules
[7] Diffusion particules – peau
[8] Livre diffusion nanoparticules

Petit lien vers le Thread Twitter :

https://twitter.com/Kako_line/status/1345419596979908609?s=20

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