Impact environnemental des alternatives aux pailles en plastique

Depuis janvier, les pailles jetables en plastique sont interdites, remplacées par des alternatives en papier ou réutilisables (verre, bambou, acier). Mais qu’en est-il de l’impact environnemental de ces alternatives comparé à celui de la paille en plastique jetable ?

liquide rose sur verre

Photo de Lisa sur Pexel.com

Pour écrire cet article j’ai utilisé des analyses de cycle de vie (ACV) qui ne sont pas réalisées en France mais en Europe ou à l’étranger. Quoi qu’il en soit, je préciserai les limites des études en question. Toutes les sources sont en fin d’article.

Commençons par une ACV qui compare plusieurs options jetables et réutilisables au Brésil (article de Zanghelini et al.). Cette ACV compare des pailles jetables en papier (avec film étanche) ou en plastique avec des pailles réutilisables en verre ou en acier comme présenté ⤵️Image3

Plusieurs hypothèses sont considérées. Par exemple, le nombre de réutilisations dépend du matériau considéré: 50x pour le bambou, 100x pour le verre et 500x pour l’acier. Plusieurs options de lavage sont utilisées pour déterminer la sensibilité de cette phase dans le cycle de vie.

L’hypothèse de fin de vie est que les pailles finissent en décharge. Lorsque le recyclage est considéré pour l’acier et le verre, cela améliore un peu le résultat mais ne change pas l’écart avec les autres solutions. Quoi qu’il en soit l’hypothèse est bonne : la plupart du temps, les pailles se retrouveront dans la poubelle des déchets ménagers. En France elles sont incinérées ou mises en décharges, quel que soit le matériau.

L’ACV montre que même avec de nombreuses réutilisations, la paille en plastique reste la moins impactante. Tout critère confondu. Dans le graphe suivant, « CC » est pour « climate change ».

Image7

Même avec de nombreuses réutilisations, la paille en plastique jetable a un impact bien plus faible que les solutions alternatives.

Et plus faible que celle en papier puisque la séquestration carbone de la cellulose ne peut pas être considérée, l’utilisation étant trop courte.

Comparée à la paille en plastique les alternatives ont des impacts 58 à 70% plus importantes sur le changement climatique. L’auteur a également cumulé les impacts pour que ce soit un peu plus lisible. On voit bien l’impact du lavage sur les pailles réutilisables.

Image2

Bien sûr, cette analyse est réalisée au Brésil. Il y a donc l’impact du mix électrique et des usages industriels à prendre en compte. J’ai donc recherché une étude européenne : une ACV de plusieurs produits jetables en plastique a été réalisée par la Commission européenne.

L’analyse compare des pailles : jetables en polypropylène (PP), en papier et en considérant l’impact moyen de plusieurs solutions réutilisables, avec différentes conditions de lavage. 5412 réutilisations sont ici considérées, bien plus que la précédente étude.

Voici le résultat. Les pailles alternatives ont un impact de 2.4 à 6.5 fois plus important que celle en plastique jetable. Les quantités de matière première nécessaires (très faible pour le PP) ainsi que l’impact des lavages successifs expliquent ces résultats :

Image4

Donc le problème des pailles en plastique n’est pas leur impact CO2 au cours de leur cycle de vie, mais leur impact lorsqu’elles sont jetées dans la nature. Le choix du réutilisable permet de réduire uniquement les quantités de déchets.

Les impacts sur la biodiversités sont difficiles à chiffrer et il faudrait y inclure l’impact des autres matériaux, ce qui suscite peu d’études. Il n’y a qu’en comparant ces effets qu’il sera possible de déterminer si l’impact est plus important pour le plastique jetable.

Il serait possible d’ajouter aux impacts environnementaux standardisés, celui du taux de plastique non géré dans le pays considéré. Ainsi, cet impact serait plus important en Chine ou au Brésil qu’en France. Si l’on prend en considération la part des déchets non gérés qui se retrouvent dans la nature (chiffres 2010, % sur un total de 32 MT par an dans le monde) :

  • 27,7% sont issus de la Chine
  • 1,5% du brésil
  • 0,08% de la France (soit 25 500T par an, ce qui est considérable…)

Et là on ne parle que du plastique, on a quelques éléments sur les quantités de déchets issus d’autres matériaux qui sont mal gérés et se retrouvent dans la nature mais ce n’est pas suffisant utiliser ces données dans une étude comparative.

Soyons clairs je suis pour l’interdiction de certains produits qui se retrouvent trop facilement dans la nature mais je pense qu’il faut différencier ce qui est lié à une mauvaise gestion de certains déchets et leur impact enviro réel lorsqu’ils sont bien gérés ♻️🗑️

Cela signifie qu’il faut associer toute interdiction à l’information du grand public et à la pédagogie. Et je pense que sur ce dernier point, nous sommes TRES mauvais…

Diaboliser un matériau ne permettra pas de réduire les impacts associés à nos activités.

Cependant, expliquer pourquoi une interdiction est nécessaire (sur les pailles et les sacs jetables je pense que ça l’est) et ce qu’il faut que le consommateur fasse pour réduire cette pollution, c’est juste indispensable.

Exemple des sacs jetables: L’ADEME a démontré par ACV que les sacs en plastique réutilisables et en papier ou biosourcé jetables ont des impacts comparables. Mais son étude sur le compostage des sacs biosourcés montre qu’il reste des morceaux de sacs après 12 mois dans le compost. Elle recommande même de jeter les sacs en papier et biosourcés dans la poubelle de tri ou des déchets ménagers.

Dans la nature, la dégradation dépend des conditions d’exposition. Un sac qui se dégrade dans un composteur peut mettre plusieurs années dans le sol par exemple.

Une étude britannique (Napper et al.) a démontré qu’un sac biosourcé n’était que peu dégradé 3 ans après avoir été enterré dans le sol. Ce qui signifie que même s’il se dégrade plus vite sur le long terme, un sac biosourcé reste une menace pour la faune sur le court terme.

Il ne doit surtout pas se retrouver dans la nature, compostable ou pas, comme un sac en plastique jetable. C’est pour cela que la pédagogie est une composante clé de la lutte contre la pollution plastique et la pollution par les déchets de manière générale. Comme je le dis souvent, chaque maillon de la chaine a sa part de responsabilité, tout ne dépend pas du consommateur, mais il a une responsabilité à assumer et il doit en être conscient

Sources :
ACV Brésil Zanghelini et al.
ACV Commission européenne
Our World in Data
ACV sacs jetables ADEME
Etude compostage sacs jetables ADEME
Etude de dégradation des sacs jetables sur 3 ans

 

Petit lien vers le Thread Twitter :

https://twitter.com/Kako_line/status/1385991661633908739?s=20

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