Bac à glace en carton pour remplacer le plastique – une solution écologique?

J’ai été sollicitée sur la question de la substitution du plastique par du carton dans la fabrication de bacs à glace. Voici quelques éléments de réponse.

On va commencer par le bac en carton :
il y a forcément un film plastique ajouté, ex : en polyéthylène (PE) ou PLA (biosourcé), pour l’étanchéité de l’emballage. Lorsque le pot est jeté dans la poubelle de tri, il est recyclé dans la filière papier/carton.

Les fibres de cellulose sont récupérées et le film plastique est évacué comme déchet. Il n’est pas recyclé. Il peut être valorisé à priori par incinération mais je n’ai pas de certitude sur son devenir. En tout cas il est évacué comme déchets du recyclage.

Le Comité d’Evaluation de la Recyclabilité des Emballages papier-Carton (CEREC) valide le recyclage des emballages en carton en fonction de leur constitution. Il préconise de réduire un maximum la fraction plastique dans le cas où il est utilisé.

Le plastique gêne le recyclage du carton parce que la fraction de cellulose n'atteint pas 100%.

Elle est variable en fonction de la capacité de séparation du plastique et du carton. De plus il génère une augmentation des rejets de l’industrie papetière. Ce n’est donc pas neutre.

Pour le bac en plastique : généralement c’est du polypropylène (PP). Dans les zones où il y a extension des consignes de tri, les pots et barquettes PP sont recyclés à 100%. Les emballages PE et PP rigides (bouteilles et barquettes) sont triés ensemble dans les centres de tri.

Ils sont envoyés chez les recycleurs historiques de PE qui sont en mesure, suite à investissement, de séparer et recycler ces matériaux et ces types d’emballage. Le PP recyclé est ensuite utilisé dans l’automobile ou d’autres industries.

Les débouchés sont en cours de diversification, notamment avec CITEO (que je remercie pour toutes ces précisions). Pour les zones où l’extension de la consigne de tri n’est pas appliquée, les bacs à glace en plastique sont jetés dans la poubelle d’ordures ménagères.

Mais en 2022, l’extension de la consigne de tri sera généralisée. Donc c’est une question de temps.

Si l’on considère ces aspects, l’utilisation du carton n’est pas forcément plus vertueuse, cela dépend de beaucoup d’aspects d’où l’intérêt de réaliser une analyse de cycle de vie.

Je rappelle la définition de l’écoconception selon l’ADEME : démarche préventive et innovante qui permet de réduire les impacts négatifs du produit, service ou bâtiment sur l’environnement sur l’ensemble de son cycle de vie (ACV), tout en conservant ses qualités d’usage.

La substitution d’un mono-matériau par un multi-matériaux doit donc être évaluée sur l’ensemble de son cycle de vie et non uniquement sur des critères « bien »/« pas bien ». Ici, j’ai plutôt l’impression que le remplacement a été réalisé pour diminuer les quantités de plastique.

Ce qui n’est pas cohérent avec une démarche de réduction des impacts environnementaux et d’écoconception. Ajouter de la matière recyclée permettrait d’autant plus de réduire les impacts pour les deux solutions, notamment côté plastique.

L’élimination du plastique ne doit pas être faite sur des impressions ou des sentiments sur son impact. Cela doit faire partie d’une VRAIE démarche d’écoconception en limitant un maximum les impacts environnementaux.

Petit lien vers le Thread Twitter :

https://twitter.com/Kako_line/status/1270797614947205132?s=20

Mouchoirs jetables ou réutilisables ? Lesquels sont les plus écolos

Avec ce temps morose et des températures très basses, on tombe vite malade et je n’y ai pas échappé. Je vous propose donc un sujet d’actualité : mouchoir en papier jetable ou en coton réutilisable ? C’est parti pour un article automnal.

Pour mieux lire cet article, deux traductions de l’anglais au français :

– Tissue : mouchoir jetable en papier

– handkerchief : mouchoir réutilisable en tissu

L’analyse du cycle de vie principale est celle-ci ecosystem-analytics.com/wp-content/upl…

Elle se base sur plusieurs mix énergétiques en fonction des pays de production, avec une utilisation des mouchoirs aux USA. Les auteurs ont comparé l’utilisation de mouchoirs en coton vs papier jetable sur une année.

Ils ont considéré l'utilisation de mouchoirs pour un adulte ayant eu 4 maladies respiratoires nécessitant de se moucher (soit 896 mouchages) et l'utilisation de mouchoirs sans être malade (soit 337 mouchages).

Ils ont quand même fait varier le nombre de mouchage parce que c’est un paramètre qui est difficile à fixer. Pour cela ils ont utilisé des études sur le sujet, notamment la durée des maladies et le comportement des malades, mouchage inclus.

Ils ont considéré qu’en étant malade l’adulte utilisait en moyenne 2 fois son mouchoir en papier avant de le jeter et 8 fois son mouchoir en coton avant de la laver. Pour une utilisation ponctuelle sans être malade la fréquence d’utilisation est une fois quel que soit le mouchoir

Ils considèrent l’utilisation de 30 mouchoirs en coton, réutilisés sur l’année et lavés une fois tous les mouchoirs souillés (ça évite de multiplier les quantités de lavage dans l’ACV) soit 15 fois sur l’année.

Pour les mouchoirs en papier, ils en considèrent 785. L’impact du packaging est considéré, mais pour les mouchoirs en papier ils considèrent des boites en carton pas les paquets de mouchoirs individuels. Ces emballages et les mouchoirs en papier sont incinérés ou mis en décharge. Pour les mouchoirs en tissu c’est lavage en machine.

Je n’ai pas grand-chose à dire sur la méthode, des choix ont été fait sur les caractéristiques à prendre en compte et je pense que dans ce cas de figure ce n’est pas forcément évident. Le tout est de faire varier les paramètres pour identifier les plus impactant.

Donc la conclusion sur une année est celle-ci :

Finalement le plus gros impact vient de la production des mouchoirs en coton. La fin de vie et même le lavage n’ont pas un énorme impact globalement.

Les mouchoirs en coton sont fabriqués en Chine et les mouchoirs en papier au Canada. Vous me direz que cela peut avoir un impact sur la conclusion : et bien les auteurs ont modifié ce paramètre et changer le pays de fabrication ne modifie pas la conclusion.

Ok mais sur une utilisation plus longue ? Dans le graphe suivant, vous avez l’utilisation pour 1 an (functional unit), sur 3,34 ans (Max Life Max cold & max base) et 9,375 ans (Max life Max cold & min base use).

La différence entre ces deux derniers est la durée d’utilisation des mouchoirs : il y a ceux qui retirent les mouchoirs de leur poche tous les jours pour les laver (max base) et ceux qui les laissent dans la poche et les réutilise… une semaine (min base).

Sur cette hypothèse d’utilisation longue, les mouchoirs en coton ont un impact plus faible.

Donc pour que le mouchoir en coton soit plus eco-friendly il faudrait l'utiliser au moins 10 ans pour un sujet qui n'est pas malade tout le temps, c’est-à-dire sur la durée de vie complète.

Bien sur, si le mouchoir en papier est constitué de fibres issues du recyclage, son impact est encore plus faible.
researchgate.net/publication/28…« 

Vous me direz que le coton n’est peut être pas le meilleur choix ou que c’est une étude parmi d’autres… j’ai regardé plusieurs études, sur des mouchoirs, des serviettes de table qui incluaient le lin comme matériau ⬇️ et les résultats sont les mêmes.
duni.com/globalassets/s…

J’espère que ce petit article vous aura intéressé, il permet de se rendre compte que réduction des déchets et impacts sur le changement climatique ne sont pas forcément liés.

Petit lien vers le Thread Twitter :

https://twitter.com/Kako_line/status/1195721523774009345?s=20